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DEFAULT : 11 septembre 2009 Lettre de Tsiadino Chaplain TOTO
11/9/2009 13:00:00 (5019 lectures)

Madagascar : le pillage dans la forêt de l’Est (Parc National Masoala)

Un témoin oculaire de ce qu’on appelle « le pillage dans la forêt de l’Est de Madagascar raconte de ce qu’il voit quotidiennement dans les villages en périphérique du Parc National Masoala...


Recueilli par Tsiadino Chaplain TOTO,
Journaliste rédacteur de Radio Université Toamasina.
11 Sept 2009

 

 

Je n’ai jamais trouvé un tel phénomène, m’a confirmé Felix, un guide écotouristique professionnel de Maroantsetra. Je peux vous dire que Felix est un fin connaisseur de la Presqu’île Masoala. Il fait partie de la première génération des guides écotouristiques formés dans le cadre du développement de l’écotourisme à Masoala. Si l’organisation des « Masoala Ecotourism Trial Run » reste toujours une référence dans le concept du Tourisme Responsable dans le nord-est de Madagascar et de la Baie d’Antongil en particulier, Felix a été un des trois guides associés dans l’organisation du tour pendant 4 années successives. En 1986, le rapport technique de l’Ecotourism Trial Run a été publié par l’Eco-Africa dans le magazine de la prestigieuse université américaine Yale University de New Haven Connecticut. Felix s’est ensuite basculé progressivement dans le métier de Tour Opérateur avec un opérateur Helvétique et un autre Sud-africain. Il est actuellement le second Manager de Masoala Forest Lodge et c’était delà qu’il a accepté aujourd’hui de répondre à mes questions par téléphone. Il est en fait un parfait témoin oculaire de ce qui se passe actuellement à Masoala et dans la Baie d’Antongil d’une manière générale. Témoignages :
 « Le phénomène s’est introduit depuis l’autre côté de la presqu’île au niveau d’Ambodirafia Cap-Est car les principaux acheteurs sont des métis chinois d’Antalaha. Mais très vite, les acheteurs se tournent vers Maroantsetra, Antalaviana et Marofototra deviennent alors la plaque tournante de l’Ebony business. Je n’ai jamais vu une telle mobilisation au niveau des villages de la Presqu’île Masoala depuis que je fais ce métier. Tous nos efforts déployés depuis 15 ans dans le domaine de sensibilisation sur la nécessité d’une politique de conservation s’effondrent. Depuis Ambanizana jusqu’à Antalaviana en passant par Marofototra et Tampolo, une zone hautement stratégique pour admirer les rares rencontres entre la forêt dense de la presqu’île et la mer chaude de la baie le théâtre de démonstrations des Baleine à bosse, le quotidien de la population a changé presque radicalement depuis le mois de Février 2009.
Tous les jours, les villages sont animés comme si on est en train de célébrer la fête de fin d’année (la bonne année) car c’est le village tout entier qui bouge ; les jeunes hommes pénètrent impunément dans le parc et ramassent tout ce qui peut être à consommer et devenir argent. On se cache plus dans cette affaire, tout le monde fait ce qu’il peut pour avoir le maximum. C’est le « vaky matrangy » total qui règne. Une allusion à ce qu’après la moisson, on libère dans la nature tous les zébus sans aucun contrôle. C’est ce qui se passe actuellement dans le Park Masoala. La célébrité et la renommée de Masoala c’est fini, si la situation ne s’améliore pas d’ici la fin de l’année. Les bois précieux, les lémuriens tous seront épuisés à Masoala et l’avenir du tourisme ne sera plus que du passé. Je viens de guider des touristes Suisses dans la forêt littorale de Tampolo aujourd’hui, mais on voit aucune trace de variky, alors que d’habitude c’est là qu’on amène les touristes âgés car la piste est facile. Maintenant, on ne sait plus où on doit amener les touristes.
A Maroantsetra, tout le monde fait le Bois de Rose, les hauts responsables administratifs, les juges dans le tribunal etc. personne n’est innocent dans cette histoire. On ne parle plus en milliers, c’est seulement en million qu’on compte ici. Même si la gendarmerie arrête les coupeurs de Bois de Rose dans le village, cela ne dissuade surtout pas les autres, car en arrivant à Maroantsetra, c’est encore de l’argent de Bois de Rose qui les fait sortir de prison. De toutes les façons, je trouve que les paysans ne sont pas les seuls fautifs dans cette affaire, ils sont loin d’être le premier responsable. J’accuse surtout l’Etat qui donne l’autorisation aux exportateurs. Les chinois qui achètent le produit ne posent même pas une question sur l’environnement et l’endroit où les Bois de Rose ont été abattu. Ils disent plutôt « on a besoins encore plus », ils ne sont jamais satisfaits de la quantité qu’on leur donne.
Les paysans qui n’ont plus rien à vivre dignement profitent inconsciemment de l’absence d’un gouvernement responsable dans le pays pour trouver de l’argent « facile » car la forêt se trouve juste à proximité de leur village. 
Je suis pessimiste pour une éventuelle solution à ce problème. A mon avis, c’est seulement si l’Etat arrête l’exportation des bois précieux, cela peut réduire de manière significative la pression sur les parcs nationaux, car c’est pas uniquement Masoala que ça se passe comme ça. Même le Makira et d’autres forêts un peu plus dans le Sud sont toutes victimes. Le problème est tellement difficile et que j’ai dû mal à trouver une idée de solution. Peut-être, la solution se trouve en vous qui habitent dans les villes mais non plus ici à Masoala ou à Makira. Les touristes qui sont actuellement chez nous à Masoala Lodge sont désolés, l’avenir est sombre pour les opérateurs touristiques ici à Masoala, les transporteurs de touristes sont aussi très touchés, les coques plastiques (Argos) sont fixées dans le port. A mon avis, ce qui essaie de résister contre ce phénomène est en fait quelques opérateurs écotouristiques qui savent que les clients sont avant tout attirés par notre environnement et que si cet environnement est détruit, ils ne vont plus venir. Mais je vous assure que rares les personnes qui pensent encore comme cela. On arrête cette discussion parce que, si c’est le Bois de Rose, on aura toujours de choses à se dire ».
Pour plus d’infos :
Contre la déforestation à Madagascar dans www.facebook.com


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