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DEFAULT : 26 mars 2009 Lettre de Tsiadino Chaplain TOTO
26/3/2009 23:35:28 (2279 lectures)

Une semaine après le départ de Ravalomanana : Le rôle est inversé à Tana,

...Quand on essaie de comprendre l’évolution de la crise politique à Madagascar, on est souvent tenté de faire la comparaison entre les affaires malgaches...



  ... et celles des autres pays notamment chez nos voisins en Afrique. Sincèrement, je voudrait dire une chose, Madagascar est unique, non seulement en biodiversité, comme on dit tout le temps dans les communications environnementales, mais les politiciens de la Grande île est également endémiques, ce qui fait notre vie sociopolitique si singulière.
Comme son arrivée à la présidence, il y a 7 ans, le départ de Ravalomanana est aussi controversé. A la manière de penser des Malagasy, le départ de Ravalomanana s’explique naturellement mais pour les étrangers notamment les occidentaux, cela peut être inacceptable. Peut-être, on doit apprendre à accepter la différence. « We simply have to respect the difference… »
Ravalomanana a été propulsé au pouvoir par les Tananariviens avec seulement 46 pourcent de votes de suffrage universel organisé dans tout le territoire de Madagascar (fin 2001). Mais il faut souligner qu’il a été majoritaire dans la capitale. Après son auto proclamation « président de la République de Madagascar », il a utilisé l’armée pour soit disant unifier le pays car ces grandes villes côtières qui n’ont pas voté pour lui se sont manifestées en réclamant le deuxième tour de l’élection. La mémoire sur la mobilisation des blindés et des soldats lourdement armés (pacificateurs ou mpampandry tany en malagasy) est encore trop vive pour oublier cet épisode tragique de l’histoire de Madagascar.
Curieusement, depuis le départ de Ravalomanana le 17 Mars dernier, les fêtes se sont succédées dans les villes côtières pour célébrer la fin de l’hégémonie Ravalomanana. En dehors des grandes organisations officielles invitant toute la population sans exception, on remarque également les fêtes informelles entre les collègues de travail quasiment dans tous les secteurs de profession. Même au sein des entreprises sensibles comme les associées du projet Ambatovy, le départ de Ravalomanana a été fêté entre les employés par invitation des chefs de services.
On n’a pas des moyens techniques pour comptabiliser les différentes organisations mais ce phénomène est révélateur. Son départ a tout simplement été sollicité et supporté par la majorité des Malagasy.
Pour être sure de comprendre la logique des choses, il est toujours difficile de savoir exactement ce qui s’est passé pendant les dernières heures de Ravalomanana dans la présidence de Madagascar, mais curieusement après son départ, le présence de Andry TGV à la tête de la HAT (haute autorité de transition) est contestée unanimement par la Communauté Internationale.
Je me rappelle très bien la teneur des communiqués des Nations Unies, de l’Union Africaine, de la Commission de l’Océan Indien, il y a quelques semaines, qualifiant la crise politique malgache d’une affaire malgacho-malgache. Il appartient donc aux Malgaches de trouver une issue de la crise, dans le bref délais. Par la pression de différentes forces de l’intérieur du pays, Ravalomanana est enfin contraint de partir. Il a démissionné en transférant ses pouvoirs à deux militaires, c’est donc un directoire militaire instauré par Ravalomanana.
Conscient des revendications formulées par les Malgaches à travers les manifestations qui se sont déroulées dans toute l’île, Andry TGV en tant que chef du mouvement de contestation a immédiatement contesté ce transfert de pouvoir (de Marc Ravalomanana Président de la République aux deux généraux de l’armé). Pourquoi ? Dans un directoire militaire, ce sont les militaires qui font la loi, c’est-à-dire les institutions de la république sont suspendues et toutes les décisions administratives deviendront militarisées et la liberté tant demandée tout au long de la lutte sera réduite au minimum pour ne pas dire en néant. Ce n’est pas une réponse à l’inspiration populaire manifestée. Les Malgaches ne veulent donc pas un directoire militaire.
Depuis le mois de décembre 2008, selon un communiqué, diffusé au début de la crise en janvier, le FMI a déjà gelé les aides pour Madagascar à cause de la mauvaise gestion de l’argent de l’Etat ; une décision prise après plusieurs mis en gardes adressés au gouvernement de Madagascar par l’institution internationale. Les Malgaches ont donc tout simplement pris leur responsabilité en renversant le président Ravalomanana et son gouvernement.
La sortie de crise a été trouvée à la manière malgache, presque conformément aux « recommandations » formulées par les médiateurs de la communauté internationale, il y a quelques semaines. Mais pourquoi on ne le reconnaît pas ?
Par le refus de la communauté internationale de reconnaître le pouvoir de Andry TGV, les militants pro Ravalomanana développent actuellement un mouvement de contestation contre Andry TGV et réclame le retour de Ravalomanana. Sans être un bon visionnaire, la suite de cette histoire peuvent être extrêmement grave. Depuis 2 jours, on signale toujours à Tana des affrontements entre les manifestants pro Ravalomanana et pro TGV. Il n’y a pas encore des morts mais le pire est à craindre car le risque augmente chaque jour. Puisque que Ravalomanana est sans doute l’homme le plus riche de Madagascar, les manifestants pro Ravalomanana bénéficieront suffisamment d’argent pour déstabiliser le « pouvoir » de Andry TGV à la tête de la transition. Le bras de fer entre Ravalo et Andry TGV n’est pas encore terminé.
Andry TGV a largement milité contre la répression policière à l’encontre de son mouvement, il y a encore quelques semaines et les manifestants pro Ravalomanana bénéficient naturellement la situation de Andry TGV inconfortable de prendre une décision contre les mouvements pro Ravalomanana. En conséquence, les ultimatums reviennent encore dans le menu quotidien, les fonctionnaires menacent de destituer Andry, les manifestants pro Ravalomanana incitent à leur tour la fermeture des ministères etc. Le retour à la case départ.
Pour la majorité silencieuse et les observateurs avertis, la situation à Madagascar n’évolue pas mais seulement le rôle est inversé. Les opposants deviennent tenants du « pouvoir » et l’ancien parti au pouvoir devient opposant. Dans une démocratie qui marche, on l’appelle « une alternance » mais pour la politique à Madagascar, il s’agit d’un « retournement des actes » car l’histoire ne s’arrête jamais, elle se répète (ny tody tsy misy fa ny natao ihany no miverina). Actuellement à Ambohijatovo, la place où Andry TGV a initié son mouvement il y un peu plus de deux mois, on y clame maintenant « Avereno Dadanay » (come back Ravalo), mais à Tamatave, on commence à clamer aussi « Avereno ary Debanay » (Come back Ratsiraka).
 
Tsiadino Chaplain TOTO
Département d'Histoire, Université de Toamasina BP 591,
Toamasina 501, - MADAGASCAR -
Tel: (261 20) 53 927 97
Cell: 261 (0) 33 12 038 16


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